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L'artiste

  • : Le blog de Jean-Pierre Kosinski.
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3 juin 2023 6 03 /06 /juin /2023 17:44

 

Animal fantastique représenté sous la forme d’un dragon ailé, la Grand’Goule tient une place privilégiée dans l’imaginaire et le bestiaire poitevins. La tradition populaire l’associe généralement au culte de sainte Radegonde (v. 519-587). La bête aurait vécu au VIe siècle dans les eaux du Clain et dévorait toutes les sœurs qui s’aventuraient dans les souterrains de l’abbaye Sainte-Croix. La sainte aurait alors combattu l’animal à l’aide d’une croix, d’eau bénite et de prières.

En réalité, sans que l’on sache exactement à quand remonte cette légende, les origines - probablement païennes - et l’histoire de la Grand’Goule restent encore obscures, de même que celles de toutes les figures monstrueuses de ce genre (Tarasque de Tarascon, Gras-ouilli de Metz, gargouille de Rouen, guivre de Milan, etc). Les premières mentions textuelles attestées proviennent du XVe siècle. Dans deux actes datés de 1466 et 1496, on apprend que le mardi et le mercredi des Rogations (les trois jours précédant l’Ascension), les chanoines de Sainte-Radegonde portent en procession dans toute la ville plusieurs objets de l’abbaye Sainte-Croix, dont une bannière précisément appelée le Dragon. Cette manifestation est une des plus populaires de la ville jusqu’à la Révolution. Si bien qu’en 1677, à la demande des sœurs de l’abbaye Sainte-Croix, Jean Gargot (maître-sculpteur à Poitiers ayant vécu entre 1655 et 1691) réalise une sculpture de la Goule en bois polychrome (L. 1,85 m, l. 0,77 m, h. 0,57 m) à porter en procession au bout d’un long bâton. Cette œuvre, aujourd’hui conservée au Musée Sainte-Croix, est le seul témoignage visuel connu parvenu jusqu’à nous. Le corps de l’animal, entièrement annelé, est doté d’ailes de chauve-souris, d’une épine dorsale, de deux pattes ressemblant à des serres d’aigles et d’une longue queue terminée en pince de scorpion dentelée. Sa tête est pourvue de gros yeux enfoncés, d’une gueule grande ouverte munie de multiples dents pointues, d’un bec d’aigle et d’une longue langue à l’extrémité fourchue.

La Grand’Goule d’abord considérée comme l’image de la victoire du Christ sur le Mal devient, au fil des siècles, l’un des objets les plus vénérés lors des processions. La bête est en effet décorée de banderoles de tissus de couleurs diverses, sa queue de rosettes et on jette dans sa gueule des cerises et des pâtisseries poitevines appelée casse-museaux. Les femmes frottaient leur chapelet contre son corps en criant « Bonne sainte veurmine (venant de « vermine » nom donné à tous les animaux venimeux), priez pour nous ». Figure protectrice et symbole de Poitiers, la Grand’Goule a depuis donné son nom à une revue littéraire poitevine, dont elle illustre l’en-tête de 1929 à 1934, et à une discothèque de la ville. Utilisée à des fins publicitaires, comme pour le logo de la mutuelle du Poitou, elle est également l’emblème du Stade poitevin.

Légende : 

La bête, décrite comme un dragon monstrueux, aurait vécu au temps de Sainte Radegonde, donc au vie siècle de notre ère. Elle vivait au fond du Clain, et, lors de la montée des eaux, entrait dans les caves labyrinthiques qui traversaient le sol poitevin. Elle venait souvent dans les caves de l'abbaye Sainte-Croix, et dévorait toutes les malheureuses moniales qui s'y aventuraient. Désireuse d'en finir avec la bête, Radegonde s'arma d'une petite croix, puis d'eau bénite, et, une fois face à face avec la bête, l'aspergea, dit une prière, et la bête disparut dans d'atroces souffrances.

Rôle historique de la légende : 
 
« Grand'Goule », église romane d'Échillais (Charente-Maritime)

La légende est une des plus populaires de Poitiers, et elle est liée à la tradition festive de la ville.

En 1677, l'abbesse de Sainte-Croix fit commande à l'ébéniste poitevin Jean Gargot d'une effigie en bois de la Grand'Goule, destinée aux processions du  (jour de la Sainte Radegonde). Le dragon était promené dans les rues, et la tradition voulait que les enfants y jettent des petits gâteaux – appelés casse-museaux – en disant cette prière : « Boune sainte vermine, priez pour nous ! » Cette procession s'est arrêtée au xixe siècle, et le dragon de bois, après avoir séjourné dans le grenier du Grand Séminaire de Poitiers, se trouve dans les collections du musée Sainte-Croix.

Si la légende est une variante locale du combat entre le bien et le mal, inspiré de la lutte de saint Michel contre Satan sous forme de dragon, la bête est devenue par la suite une figure protectrice, comme l'évoque la prière. On retrouve des légendes semblables, à Tarascon par exemple, avec la tarasque terrassée par Sainte MartheMetz avec la légende du Graouilly ou encore Saint Romain qui libère Rouen de la Gargouille.

La légende alternative : 

Une variante de la légende affirme que ce n'est pas sainte Radegonde qui terrassa la Grand'Goule, mais un condamné à mort à qui on avait promis la grâce en échange de cet exploit. Les détails de cette histoire varient. Ainsi selon certaines sources cela se passa tout de même à l'époque de la sainte (vie siècle), pour d'autres à une période beaucoup plus récente ; pour certains le prisonnier en sortit indemne, tandis que pour d'autres, « le masque de verre qu'il avait mis sous la visière de son casque s'étant brisé, l'haleine pestilentielle du dragon l'aurait empoisonné ».

Origine possible : 

L'Écossais sir John Lauder de Fountainhall, qui vécut à Poitiers entre 1665 et 1666, rapporte lui aussi cette version de la légende dans son journal de voyage, mais en présentant la Grand' Goule comme un crocodile. Plus particulièrement, il affirme que l'histoire est celle d'un crocodile empaillé visible à l'époque au Palais des comtes du Poitou : « Là est attachée à une muraille avec des chaînes de fer la carapace d'un hideux crocodile ; bien qu'elle soit infiniment réduite (il y a des centaines d'années que la bête a été tuée), elle est monstrueusement grande, avec une gueule énorme. » On ne sait pas ce que ce crocodile est devenu, mais il n'est pas le seul spécimen introduit en France à l'époque. Dans les Deux-Sèvres à Oiron se trouve un crocodile empaillé qui y aurait été ramené au xvie siècle par l'amiral Bonnivet ou par son petit-fils.

Robert Mineau avance l'hypothèse que ce crocodile empaillé est déjà le centre de plusieurs histoires une dizaine d'années avant la création de l'effigie de procession pourrait être le noyau primitif autour duquel s'est constitué la légende. Cette explication n'est pas nécessairement contradictoire avec celle de la légende traditionnelle de la lutte entre le dragon et la foi, mais il est possible que le crocodile du Palais et les histoires qui se sont formées autour de lui aient contribué ou aient ranimé ce qui est devenu la légende de la Grand' Goule.

Sources site Wikipédia : La Grand'Goule de Poitiers https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand%27Goule

 

La Grand'Goule de PoitiersLa Grand'Goule de PoitiersLa Grand'Goule de Poitiers
La Grand'Goule de Poitiers
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Bibliographie :

Bellin de La Liborlière (Léon-François-Marie), Vieux souvenirs de Poitiers d’avant 1789, Poitiers, 1846, p. 131, 137-209

Bellin de La Liborlière (Léon-François-Marie), « Appendice à l’article sur la Grand’Gueule », dans Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1847, p. 8-18

Rédet (Louis), « Un épisode des processions des Rogations à Poitiers en 1466 », dans Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, t. VIII, 1856-1858, p. 210-218

Barbier de Montault (Xavier), « Le trésor de l’abbaye Sainte-Croix de Poitiers avant la Révolution », dans Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 1881, p. 228-248

Briand (Emile), Histoire de Sainte Radegonde, Poitiers-Paris, 1898, p. 395-398

Favreau (Robert), « Histoire de l’abbaye Sainte-Croix de Poitiers », dans Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest, t. XIX, 1986, p. 195 et 355

Favreau (Robert), « Le culte de Sainte Radegonde à Poitiers au Moyen Âge », dans Les religieuses dans le cloître et dans le monde, Saint-Etienne, Publications de l'Université de Saint-Etienne, 1994, p. 101-102

Mineau (Robert), Racinoux (Lucien), La Vienne légendaire et mythologique : être fabuleux, mythes anciens, légendes historiques et hagiographiques, Poitiers, 1995-2000 (1978), p. 134-137

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